Emotion populaire à Beynes

 « Sur ce qui nous a été remontré par le Président Fiscal qu’il est informé par des avis certains que le dimanche 17 de ce mois issue de la grande messe les habitants de Beynes de l’un et de l’autre sexe, sous différents prétextes spéciaux attaquèrent le sieur Taheux de Grand Pré sortant de l’église, et ceux à coups de pierres, un autre à coups d’échalats, luy déchirèrent ses habits, coupèrent en morceaux son chapeau et sa perruque, en un mot quils l’auroient assommé et tué sur la place qu’il n’eut trouvé le moyen d’échapper à leur fureur ; mesme qu’ils se vantent depuis ce temps là qu’ils sont fachés d’en avoir fait à deux fois, se promettant de recommancer de nouveau s’ils en trouvent l’occcasion, sans épargner la femme dudit sieur Taheux qu’ils veulent, disent-ils, repasser à son tour, en sorte que ledit sieur Taheux et sa femme sont obligés de se tenir et fermer dans leur maisons sans ozer sortir ny aller à l’Eglise les jours de festes et dimanches, ce qui auroit immanquablement des suites fâcheuses sy on n’arrêtoit pas dans son principe le cour de cette émotion populaire qui ne tend à rien que de trouver le repos et la tranquillité publique.

 

Pourquoy ledit Procureur Fiscal qu’il y soit pourvu par les défenses nécessaires ou telles autres voyes qu’il appartiendra, et que la sentence qui interviendra soit lue, publiée et affichée partout ou besoin sera.

 

Nous, ayant égard à la remontrance dudit Procureur Fiscal avons mis et mettons lesdits Taheux de Grand Pré, sa femme et ses domestiques en la sauvegarde, et protection du Roy, de Monseigneur, et de la Justice.

 

Ce faisant et en conséquences, faisons déffenses aux habitants d’attenter à leurs personnes et bien sous tel prétexte que ce soit, à peine de 50 livres d’amende parties en cas d’injures ou voyes de fait de part ou d’autre à l’avenir à se pourvoir en justice par la voye et ainsi que de raison, mesme audit Procureur d’en faire informer sur le cas de récidives, et sera nostre présente ordonnance, lue, publiée et affichée en ladite paroisse de Beynes aux lieus ordinaires et accoutumés, à ce que nul n’ignore, et exécutée nonobstant et dans préjudice d’opposition ou appellation quelleconque, s’agissant d’un fait de police »

 

Baillage de Ponchartrain, Audience du Roy du lundy 25 juin 1725 devant M.le Bailly

 

In bull. 28 Shary

Journal Gil Blas 25.10.1891

CARNET JUDICIAIRE

Cour d’Assisse de Seine et Oise

Versailles, 23 Octobre

 

Avisse, cultivateur aisé de la commune de Beynes, faisait appeler le 6 Mai 1888, à cinq heures de matin, le maire et le docteur Durand, pour constater le décès de sa femme, âgée de 28 ans, qui venait disait il, dans une crise  nerveuse, de se tirer un coup de revolver dans la tête  et de se pendre à une poutre de l’étable.

La gendarmerie appelée à constater le fait, remarqua que la corde avait été fixée à une hauteur de 2m 20, le long d’une échelle de meunier donnant accès au grenier.

La victime avait la tempe droite ouverte. Le crane avait été traversé par une balle de révolver. Les sourcils et le front, noir de poudre, indiquaient que le coup avait été tiré à coup portant.

Acceptant les déclarations du mari, la gendarmerie et le médecin conclurent à un suicide.

Cependant Avisse ne parut témoigner aucun regret de la mort de sa femme et se remaria bientôt. De vagues rumeurs l’accusaient déjà. Enfin le 21 mai dernier une lettre anonyme le dénonçait nettement au parquet de Rambouillet comme ayant tué sa première femme.

Une information immédiatement ouverte réunit en effet des charges suffisantes contre Avisse qui fut arrêté.

Avant le crime, les époux Avisse vivaient en mauvaise intelligence. Des querelles suscitées par le mari, éclataient souvent dans le ménage et plus d’une fois madame Avisse dut se réfugier chez sa belle-mère pour se soustraite aux mauvais traitements.

Les charges relevées contre l’accusé étaient déjà graves, lorsqu’un dernier et accablant témoignage se produisit, celui du propre enfant d’Avisse, le jeune Franscique, né du premier mariage, et qui, au moment du crime avait 8 ans : « dans la nuit du 5 mai 1888, a-t-il déclaré au juge d’instruction, ma mère s’est levée, a mis un jupon, et poursuivie par mon père, successivement dans l’écurie, dans la cour, est revenu dans la chambre à coucher, puis est redescendue dans l’écurie. Quelques instants après j’ai entendu ma mère m’appeler deux fois. Presque aussitôt une détonation d’armes à feu retentit. Je me suis levé, j’ai couru à l’écurie et j’ai vu ma mère pendue à une poutre. Je suis rentré dans la chambre pour prendre un couteau, mais n’en trouvant pas je suis sorti dans la cour, ou je me suis trouvé en présence de mon père.

Qui lavait ses mains. L’eau dont il se servait était rougie, en m’apercevant il parut embarrassé ».

Malgré les dénégations de son père, l’enfant n’a pas varié dans ses déclarations.

Un voisin de l’accusé, le sieur Legrand, est du reste venu confirmer son témoignage en déclarant que, dans la même nuit, il avait entendu courir chez Avisse, ouvrir et fermer les portes avec violence, pousser des cris auxquels avait mis fin la détonation.

Le corps de madame Avisse fut exhumé, et le médecin chargé  d’examiner le passage dans le crane conclu à un homicide volontaire, et non à un suicide.

Le jeune Francisque Avisse n’avait pas du reste fait connaître de suite la réalité. Intimidé par son père, il était resté dans les termes avancés par ce dernier. Ce ne fut qu’après l’arrestation du meurtrier qu’il se décida à raconter exactement le drame horrible dont il avait été témoin.

Minuit - le jeune Francisque s’est rétracté dans ses déclarations. Le réquisitoire  a été fait par M Chrétien, procureur de la République. A la suite d’une brillante plaidoirie, Avisse a été acquitté.